| A L’AUBE DE LA CHIMIE Quelque diversité d’herbes
qu’il y ait, tout s’enveloppe sous le nom de salade.
Michel de Montaigne
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Depuis la nuit des
temps, les hommes
sont confrontés à la transformation de la matière
: les cadavres pourrissent, le bois brûle en donnant chaleur et
flammes, les jus sucrés fermentent, les pierres calcaires (de
calcinables) peuvent par le feu être transformées en
chaux, les métaux s’altèrent, les huiles
rancissent…. Mais, sur le plan de la compréhension
immédiate, la chimie subit un handicap terrible par rapport
à la physique. Bien sûr, nous baignons dans un monde
chimique, mais nous ne le ressentons pas dans notre corps. Il en va
tout autrement du domaine physique : marcher, soulever un poids, fendre
du bois, lancer une pierre, tirer une charrette, courir, sont des
expériences familières et s’appellent bien à
raison des exercices physiques. Pourtant et en même temps, notre
hémoglobine fixe plus d’oxygène, nos muscles
‘‘brûlent’’ des sucres et produisent de
l’urée, nous exhalons du gaz carbonique et de l’eau,
et aucun joggeur n’oserait dire qu’il fait un exercice
chimique.
Lorsque 240
ans avant J.C. on pose la question à un physicien
(Archimède de préférence) de savoir pourquoi les
bateaux, même très lourds, flottent, il répond :
« tout corps
plongé dans un liquide reçoit de celui-ci une
poussée verticale, dirigée de bas en haut et égale
à la masse du volume du liquide déplacé »
Mais si à la même époque,
vous demandiez pourquoi le marbre, lorsqu’on le chauffe, donne de
la chaux……mystère !Il est d’ailleurs bien significatif qu’Archimède ait découvert son principe par une sensation de son propre corps alors qu’il flottait dans son bain. Pendant très longtemps, jusqu’au début du 18° siècle, la chimie va vivre écartelée entre une surabondance de phénomènes et une indigence de concepts explicatifs cohérents avec les faits. On va voir durant des siècles cohabiter deux chimistes :
Pourtant, ces
deux personnalités que tout semble séparer, vont finir
par se rejoindre.
Pour en finir avec les préliminaires, il faut dire un mot à propos des textes fondateurs : ce n’est qu’à partir du 13° siècle que l’on a une quasi-certitude sur l’origine et l’attribution des ouvrages concernant la chimie. Plus on remonte dans le passé, plus le flou et le brouillard nous environnent, à telle enseigne que l’existence réelle d’un chimiste aussi mythique qu’Hermès Trismégiste n’est pas assurée, malgré l’importance de ses œuvres, toutes apocryphes bien sûr, dont la célèbre Table d’Emeraude. Certains l’ont assimilé au dieu égyptien Thot1. Il faut ajouter qu’au Moyen Age, pour recueillir considération et succès, mieux valait signer ses livres du nom d’un illustre devancier, très ancien si possible. Chacun aura compris qu’un nuage assez épais tend à obscurcir les premières lueurs de l’aube. 1 – COMMENT EXPLIQUER L’INEXPLICABLE - Un enfant de cinq ans comprendrait ça ! - Allez me chercher un enfant de cinq ans ! Les Marx Brothers La chimie a
toujours existé depuis que dans l’univers il y a de la
matière et que cette matière se transforme. Toutefois,
lorsque la foudre tombe sur un arbre et y met le feu, on ne peut pas
dire que la foudre soit chimiste. Mais lorsque l’homme allume ou
alimente un feu, pour se chauffer, se sécher ou cuire ses
aliments, c’est déjà un chimiste praticien ; il
n’a pas tout compris, loin de là, mais il sait faire, et
cela il y a plus de 100.000 ans.
Ce n’est qu’au 5ième siècle avant J. C., avec Empédocle, que l’on commence à s’interroger sur le pourquoi et avancer quelques bribes de réponse. Ses thèses vont être reprises avec éclat un siècle plus tard par Aristote, avec une telle autorité qu’elles resteront presque intangibles pendant 2.000 ans ! Aristote distingue quatre éléments : TERRE
AIR
EAU FEU
auxquels il associe des
propriétés physiques :
la terre et la
sécheresse, l’eau et le froid,
l’air et le volatil, le feu et la chaleur.
Il faut être prudent avant de critiquer un tel système : le mot élément à cette époque n’a pas du tout la même acception restrictive qu’aujourd’hui, ou alors quand nous parlons des « éléments déchaînés ». Pour Aristote il pouvait aussi bien s’agir de "principes" ou d’ "états" de la matière et donc il n’a pas tout à fait tort s’il veut dire pour ses trois premiers éléments que la matière peut se présenter sous trois états, sinon qu’il enfonce une porte ouverte. D'autre part il faut noter qu’aucune distinction n’est faite entre gaz et air : tous les gaz sont de l’air ; et cette conception simpliste sera universellement acceptée jusqu'à la Renaissance. Pour le quatrième élément en revanche – le feu – il s’agit d’un abus pur et simple : le feu ne peut être ni un élément ni un état de la matière puisque c’est une combustion dont la chaleur émise, comme résultat le plus remarquable, représente elle-même une forme d’énergie. De plus le système d’Aristote contient un piège à retardement car l’eau, grâce au feu peut se transformer en "air", c’est à dire passer d’un élément en un autre : l’idée de la transmutation va naître de cette ambiguïté On ne peut
s’arracher à cette brève incursion vers
l’époque de la Grèce classique sans exprimer un
regret en forme de question : pourquoi, dès le départ, ne
pas avoir défini ce que l’on entend par matière ?
Certes, on ne peut reprocher aux Grecs d’il y a vingt-cinq
siècles de n’avoir pas été des physiciens
atomistes. Pourtant, lorsqu’un objet ne peut être
décrit et défini en détail, il est très
souvent possible de le caractériser par une
propriété élective. En science, c’est
généralement par-là que tout commence. Or, en
l’espèce, la matière est pesante ; c’est ce
qui la distingue en définitive de tout le reste. Il est
très significatif à cet égard que l’emploi
de la balance ait été le fossoyeur de toutes les vues de
l’esprit, plus ou moins fantaisistes, concernant soit la
transformation de la matière, soit la matérialisation du
feu en tant que tel.
Par exemple, lorsque l’on prend un morceau de fer et qu’on le chauffe, il n’en pèse pas plus lourd pour autant ; si la chaleur n’est pas de la matière, pourquoi le feu en serait-il ? Au total on peut penser qu’une grande partie des ambiguïtés, des dérives, des erreurs, des objectifs irréalistes que connaîtra la chimie pendant près de vingt siècles, provient de l’absence d’une question préliminaire, fondamentale, indispensable, et en définitive valable partout et toujours : de quoi parle-t-on ? 2- EN ÉGYPTE La chimie pratique a pris naissance dans
les ateliers du forgeron, du potier, du verrier, et dans la boutique du
parfumeur.
Jean Baptiste Dumas
Si, pour
l’Antiquité, on devait délivrer une médaille
d’or de la chimie pratique, l’Égypte pourrait
à bon droit la revendiquer. D’ailleurs le mot chimie
lui-même semble dériver d’un mot égyptien
signifiant "noir". Les domaines que maîtrisaient
les Égyptiens de façon pragmatique sont étonnants
par leur étendue :
Pendant toute
l’Antiquité, l’Égypte demeura un foyer
privilégié pour l’exercice d’une chimie
pragmatique, dont le centre se situait à Alexandrie, avec de
nombreux documents la concernant, directement ou indirectement,
enfermés dans la célèbre bibliothèque.
Malheureusement, cette dernière fut détruite lors de
l’invasion turque de 1516, et l’on dit même que les
bains de la ville furent chauffés plusieurs jours avec ses
précieux rouleaux.
Après l’arrivée des Arabes au 7ième siècle, la tradition chimique ne s’éteint pas, bien au contraire, puisqu’elle va connaître un nouveau sursaut, sur les plans théorique et pratique, avec les premiers grands noms de la chimie (ou déjà de l’alchimie ?) dont le plus retentissant est Geber (730 – 804). Geber (de son vrai nom Jabir ibn Hayyan ), après des siècles d’empirisme en Égypte, va poursuivre l’œuvre théorisante d’Empédocle et d’Aristote. Ses idées eurent une telle faveur en Europe qu’il est indispensable d’en faire une brève synthèse ; travail un peu illusoire d’ailleurs : Geber est réputé avoir écrit quelques 3000 ouvrages, soit environ 75 bouquins par an, ce qui fait beaucoup pour un chimiste, même prolifique ! Nul doute que pour des raisons de prestige ou, plus bassement et plus sûrement, de gros sous, d’obscurs grimauds n’ont pas hésité, au cours du temps, à auréoler leur prose du nom glorieux de Geber. Ce qui est certain c’est que Geber fut un prodigieux manipulateur, au sens chimique du terme, capable de préparer et d’utiliser : l’acide nitrique, l’eau régale, le soufre, le mercure, l’arsenic, des sels ammoniacaux, le nitrate d’argent, la potasse, l’oxyde rouge de mercure… Pour obtenir un tel résultat, il devait pouvoir maîtriser la filtration, la cristallisation, la distillation, la sublimation…. au moins. Sur le plan théorique il est le premier à envisager une composition commune pour tous les métaux : « Tous les métaux sont composés en proportions variables de principes volatils, réfractaires et combustibles » Il entend par-là, essentiellement, du mercure et du soufre. Cette phrase malheureuse va ouvrir la porte pendant prés de mille ans à des recherches aussi laborieuses que vaines sur la transmutation des métaux avec un objectif permanent : l’or. Rhasés (860 – 923) tout en poursuivant sur la voie tracée par Geber, n’apporta pas beaucoup plus ni en théorie, ni en pratique. En revanche Avicenne (980 – 1037) qui vivait en Perse, rayonne comme un des plus grands esprits de son temps et sans doute de tous les temps. La chimie ne représente qu’une partie réduite de ses occupations car c’est un philosophe universel. Néanmoins ses opinions sont d’une rare clairvoyance : "je n’ai jamais envisagé, dit-il, la possibilité de la transmutation des métaux". Pour lui, l’or transmuté n’est qu’une grossière imitation qui fait intervenir des impuretés. Mais la soif de l’ardent métal est trop dévorante, personne ne l’écoute. 3- LE FABULEUX MÉTAL Assurons-nous bien du fait, avant que de
nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode
est bien lente pour la plupart des gens qui courent naturellement
à la cause, et passent par-dessus la vérité du
fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir
trouvé la cause de ce qui n’est point.
Fontenelle
Via
l’Espagne, alors occupée par les Arabes, et grâce
à un moine nommé Gerbert qui étudia à
Cordoue (il devint pape en 999) les thèses des chimistes
d’Alexandrie arrivèrent en Europe. Elles y
suscitèrent un si vif intérêt que l’on vit
immédiatement éclore et prospérer une nouvelle
activité de recherche sous le nom d’alchimie, qui
n’est qu’une arabisation du mot chimie. Quant à sa
définition, laissons la parole à Roger Bacon, un
alchimiste du 13ième siècle : « L’alchimie
est la
science qui enseigne à préparer une certaine
Médecine ou Elixir laquelle, étant projetée sur
les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le moment
même de la projection. »
Une
chimie élitiste et secrète :La critique classique dirigée contre l’alchimie veut qu’elle ait été une fausse science, hermétique, incompréhensible, voire grotesque. Quelques citations lapidaires des textes les moins abordables et souvent les moins représentatifs, suffisent à cette besogne. Or, une telle critique est à la fois injuste et regrettable :
Pour les objectifs, trois mots peuvent les résumer : richesse, santé, jeunesse. Nous y reviendrons au moment des citations, mais soulignons dès l’abord qu’ils ne contredisent en rien certains aspects de la chimie moderne, laquelle enrichit les industriels qui s’y adonnent (et certains de leurs collaborateurs), fournit la majeure partie de nos médicaments, et inonde le marché de cosmétiques et autres "produits de beauté" qui, s’ils ne rendent pas la jeunesse, laissent planer l’illusion, quand ils ne l’entretiennent pas par leur publicité éhontée. Il faut prendre garde à ne pas taxer d’hermétisme l’alchimie parce que son vocabulaire nous paraît abscons. Aujourd’hui même, quel est le non-chimiste qui peut dire précisément ce qu’est un azonitrile ou un dithiocarbamate ? Et pourtant la chimie n’est pas une science hermétique. Les alchimistes avaient leur propre nomenclature et leurs propres règles :
Pour cerner de façon concrète la problématique de cette science, il m’apparaît plus judicieux d’en dégager les caractères principaux, quitte à les illustrer par des citations, plutôt que de se lancer dans une revue, longue et sans grand intérêt, des hommes qui s’y adonnèrent. C’est
sans nul doute ce qui ressort le plus spontanément et qui choque
le plus l’esprit de notre époque : les perles ne sont pas
faites pour les pourceaux. Les alchimistes s’honorent entre eux
des noms de Philosophes, Sages, Artistes, Elus, Fils
d’Hermès (d’Hermès Trismégiste), et se
méfient comme de la peste de tout ce qui n’appartient pas
à leur étroite coterie, c’est-à-dire les
ignorants. L’imagination des Elus pour les mépriser
n’a pratiquement pas de bornes : imbéciles d’esprit,
âmes aveuglées, oreilles bizarres, doctes ignorants,
entretenus du suc amer d’ignorance, cervelles
écervelées, esprits capricieux, têtes ignorantes
par l’insuffisance de leurs faibles pensées, esprits plus
légers qu’une légère nue, sujets mille fois
à l’appréhension d’un juste châtiment,
brusques avortons de la science… il y en a des pages. Ces
"ignorants" sont soit des alchimistes franc-tireurs
(appelés encore souffleurs), soit à partir du
16ième
siècle, et en plus, des proto-chimistes.
Le plus grand secret, la plus vigilante discrétion étaient toujours vivement recommandés et on le comprend. En effet l’alchimie, malgré toutes ses dénégations, évoluait pour les contemporains sur les marges de la sorcellerie et le destin prévisible du sorcier avait pour nom bûcher. Par ailleurs, un alchimiste un peu trop vantard et bavard pouvait très bien se voir enlevé manu militari par un des puissants de ce monde, soucieux de renflouer ses caisses désespérément vides par un or providentiel. Dans ce cas, l’affaire se terminait généralement sur le gibet, pour mensonge et tromperie, avec, comme ultime disgrâce, un écriteau ironique du genre : « Tu prétendais pouvoir fixer le volatil, et moi je t’ai fixé ici ». Mieux valait donc tenir sa langue. Une chimie mystique : La
référence à Dieu et à ses Saints est
permanente. Mieux, pour les Philosophes, c’est Dieu qui est
à l’origine de l’alchimie. Comme dans le cas du
secret, il s’agit certainement, là encore, d’un
réflexe d’élémentaire prudence : mieux vaut
proclamer haut et fort que l’on se range sans réserve du
côté du Bon Dieu et que l’Oeuvre, d’origine
divine, n’a rien à voir avec Satan. Peine perdue, la
hiérarchie de l’Eglise se montrera toujours plus
circonspecte, à telle enseigne qu’en 1317 le pape Jean
XXII interdira la pratique de l’alchimie, rendant le bûcher
plus menaçant.
Une chimie zoologique : Au Moyen Age,
les espèces chimiques, pourtant inertes, se comportent comme des
êtres vivants. Il s’agit en fait d’une tradition de
pensée qui semble remonter très loin, peut-être
jusqu’à la Grèce classique. Parmi les corps
chimiques il y a des mâles et des femelles ; ils sont capables de
s’accoupler et d’avoir des enfants. Ils peuvent aussi
mourir : un métal calciné est un métal mort. On
peut semer l’or et le récolter comme on sème et
récolte le blé. Un métal peut être malade.
C’est le cas de tous les métaux vulgaires, contrairement
à l’or et à l’argent. Donc, si l’on
guérit un métal vulgaire (mercure, plomb…) on
obtient de l’or (métal sain). Cette guérison
s’obtient par projection d’une poudre de Médecine
Universelle ou Pierre des Philosophes.
Une chimie obsédée par le soufre et le mercure :
L’idée initiale est venue semble-t-il de Geber :
tous les métaux sont constitués de soufre et de mercure ;
mais attention, pas n’importe lesquels : le Soufre des
Philosophes et le Mercure des Philosophes. Cette idée revient
comme un leitmotiv dans tous les traités des alchimistes, mais
c’est sans doute Roger Bacon, au 13ième siècle, qui
l’a le mieux exprimée. L’or, dit-il, est un corps
parfait composé d’un Mercure pur, fixe, brillant, rouge et
d’un Soufre pur, fixe, rouge, non combustible. L’or est
parfait.
En revanche, Bacon est moins élogieux pour le plomb : c’est un corps impur et imparfait, composé d’un Mercure impur, instable, terrestre, pulvérulent, légèrement blanc à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Son Soufre est semblable et de plus combustible. Il manque au plomb la pureté, la fixité, la couleur ; il n’est pas assez cuit. On comprend donc que les alchimistes, qui cherchaient à faire de l’or aient manipulé et remanipulé ces deux "principes", soufre et mercure, pour tenter d’élaborer la bonne formule. Ces manipulations mercurielles n’étaient pas sans conséquence sur la santé des opérateurs ; ainsi voit-on un alchimiste, le Trismonin, prodiguer cette étrange mesure de prévention : « On sublime du mercure avec de l’alun et du salpêtre, en mangeant pendant cette opération des tartines de beurre très épaisses pour détruire l’action nuisible des vapeurs qui se dégagent ». Quand la chimie du 18ième siècle arrivera, elle ne trouvera pas deux éléments mieux connus que le soufre et le mercure. Une chimie aux objectifs irréalistes : Comme le dit
Roger Bacon lui-même, l’objectif de l’alchimie est de
trouver une poudre qui, projetée sur les métaux dits
imparfaits, les transforme en or. Mais nous savons aujourd’hui
qu’une telle poudre n’a jamais existé pour la bonne
raison que la réaction qu’elle est censée provoquer
n’est chimiquement pas réalisable.
Par ailleurs cet élixir, qui guérissait les métaux malades pour les transformer en métal sain (or) devait aussi délivrer l’humanité de tous les maux qui l’accablent. C’est de cette seconde prétention, pourtant aussi illusoire que la première, que surgira le salut : des médecins vont s’intéresser à la chimie, non plus pour faire de l’or ou guérir toutes les maladies, mais plus modestement pour soulager quelques malades ; c’est la naissance de la iatro-chimie. Avec l’humilité, la chimie va apprendre (ou réapprendre) à se rendre utile. CITATIONS chimie élitiste et secrète : « Nous disons : le
mercure vulgaire ne peut pas être le Mercure des Philosophes, par
quelque artifice qu’on l’ait préparé »
(1)
« Aussi, je t’en prie, ne confie ce traité à personne, ne le laisse pas tomber entre les mains impies, car il renferme les secrets des Philosophes de tous les siècles. Une telle quantité de perles précieuses ne doit pas être jetée aux pourceaux et aux indignes » (2) « Ne sois pas indiscret mais surveille tes paroles et comme un fils prudent ne jette pas les perles aux pourceaux » (3) « Profanes n’approchez de nos trésors sacrés, Aux Elus seulement saintement consacrés » (8) « Ce Mercure philosophique est sec et humide, volatil et fixe, dans une proportion si favorable à l’union de ses parties, qu’il est donné aux seuls enfants d’Hermès de distinguer en lui ces différentes qualités » (12) « Les Sages, éloignant les Profanes, n’admettront que les Elus à leurs mystères sacrés » (12) chimie mystique : « Avec l’aide
et la permission du Très Haut auquel il a plu de me
révéler le Grand Œuvre, je traiterai de l’Art
sans aucune fiction. Mais gardez-vous de révéler ce
secret aux méchants » ( 1 )
« Au nom du Seigneur, prends quatre onces de la lame susdite et dissous-la dans l’Eau de la Pierre que tu as conservée » (1) « Je n’ai pas été envoyé vers tous, mais seulement vers ceux qui admirent le Seigneur dans ses œuvres et que Dieu a jugé dignes » (2) « Passons maintenant, avec la permission de Dieu, à la seconde opération » (2) « Maintenant, rendons grâce à Dieu, sublime et glorieux Souverain de la Nature, qui a créé cette substance et lui a donné une propriété qui ne se retrouve dans aucun autre corps » (2) « C’est un péché de révéler ce secret aux hommes du siècle qui recherchent la science plutôt par vanité que dans le but du bien et pour l’hommage dû à Dieu, auquel gloire et honneur soient dans les siècles des siècles, Amen ! » (3) « Il y a aussi des feux externes, entre lesquels il y a le feu du jugement dernier » (10) chimie zoologique : « Le Soleil est le père de tous les métaux et la Lune leur mère » (1) « Ces deux mercures
engendrent des enfants mâles et
femelles par le vrai lien d’amour. Ces enfants se multiplieront
à l’infini selon leur espèce » (1)
« Aussi notre
Mercure est-il actif, chaud et sec, tandis que le mercure vulgaire est
froid, humide, passif, comme la femelle qui est retenue à la
maison dans une chaleur tempérée jusqu’à la
parturition » (1)
« Il faut que l’Artiste observe la Nature et opère comme elle opère » (2) « Le Soufre
représente le sperme du père et le Mercure figure un
menstrue coagulé pour former la substance de l’embryon. Le
Soufre seul ne peut engendrer, ainsi le père seul » (2)
« La Pierre des
Philosophes se fait de la même manière que nos villageois
font le lait, le beurre et le fromage. Notre vache c’est
l’antimoine, dont le lait qui est le régule, étant
agité comme le beurre, n’est autre chose que le soufre
rouge et ce soufre est un vrai beurre d’antimoine » (10)
« Quoi, le régule n’est-il pas volatil ? Fixez-le et il sera mort. Mais un cadavre est-il en état d’entrer dans une nouvelle habitation ? » (10) « Il faut mourir
pour revivre, comme le grain de blé qui ne produit et ne germe
jamais à profit si premièrement il ne meurt et ne se
pourrit tout à fait » Morien, cité par (8)
« La Science de notre Magistère est comparable en tout à la procréation de l’homme » Morien, cité par (8) « Mais de même que l’homme et la femme ne peuvent engendrer qu’au moyen de leurs semences, de même notre mâle qui est le Soleil et notre femelle qui est la Lune ne concevront jamais sans la semence ou sperme, tant de l’un que de l’autre » (12) « Tout agent exige une matière préparée, c’est pour cela qu’un homme ne peut pas engendrer avec une femme morte » (12) chimie obsédée par le soufre et le mercure : « Alors projette une
partie sur mille de Médecine sur du mercure et celui-ci sera
complètement transmué en argent » (1)
« C’est pourquoi je vous conseille, ô mes amis, de n’opérer sur le Soleil et sur la Lune qu’après les avoir ramenés à leur matière première qui est le Soufre et le Mercure des Philosophes » (1) « On a
observé que la nature des métaux telle que nous la
connaissons est d’être engendrée d’une
manière générale par le soufre et le mercure
» (2)
« Le soufre est pour ainsi dire le père des métaux et le mercure leur mère » (2) « Le feu n’est autre chose que la vapeur du soufre » (2) « Sache que l’or et l’argent ne sont pas étrangers au mercure mais au contraire participent plus de sa nature que tous les autres corps » (3) « Apprends que le mercure est le sperme cuit de tous les métaux, sperme imparfait quand il sort de la terre, à cause d’une certaine chaleur sulfureuse » (4) « Notez d’abord que les principes des métaux sont le mercure et le soufre » (5) « L’esprit de mercure est l’origine de tous les métaux, cet esprit n’est rien autre qu’un air volant ça et là, sans ailes » (6) « Je dis donc,
appelant Dieu à témoin de
cette vérité, que ce mercure ayant été
sublimé, il a paru vêtu d’une aussi grande blancheur
que celle de la neige des hautes montagnes, sous une très
subtile et cristalline splendeur, de laquelle il sortait à
l’ouverture du vaisseau une si douce odeur qu’il ne
s’en trouve pas de semblable dans ce Monde » (7)
« Les maladies des
métaux imparfaits ne sont autre chose qu’une
humidité superflue adhérente au Mercure et un soufre
combustible, tenant au soufre naturel et incombustible » (11)
« Les Philosophes ont dit sagement que le Mercure renferme tout ce qui fait l’objet de la recherche des Sages » (12) « C’est alors
une matière noble et une Médecine royale qui
guérit promptement toutes les maladies ; elle transmue toute
espèce de métal en or pur, meilleur que l’or
naturel » (1)
« Une partie d’Elixir parfait au premier degré, projetée sur cent parties de Mercure, placée dans un creuset à petit feu jusqu’à ce que les fumées apparaissent, les transmue aussitôt en véritable Soleil, meilleur que le naturel » (2) « On voit par-là que la Pierre demeure rouge de vraie rougeur, lumineuse, claire et vive, fondante comme cire, par la teinture de laquelle l’argent vif vulgaire et tous métaux imparfaits peuvent être teints et parfaits en très vrai et très bon or, bien meilleur que celui des mines » (7) « L’Elixir blanc fait merveille aux maladies de tous les animaux et particulièrement à celles des femmes. Le même Elixir guérit toutes les maladies externes du corps, comme sont les ulcères, cancers, écrouelles, loups, paralysies, blessures et telles autres maladies » (11) SOURCES (1) Raymond de Lulle
– La Clavicule – 13ième siècle
(2) Albert le Grand – Le Composé des Composés – 13ième siècle (3) Thomas d’Aquin – L’art de l’Alchimie – 13ième siècle (4) Arnaud de Villeneuve – Le Chemin du Chemin – fin 13ième siècle (5) Roger Bacon – Miroir d’Alchimie – 13ième siècle (6) Basile Valentin – 15ième siècle (7) Bernard le Trévisan – La Parole délaissée – fin 15ième siècle (8) Salomon Trismosin – La Toison d’Or – fin 16ième siècle (9) John Pontanus – Epître du Feu Philosophique – 17ième siècle (10) Tollius – Le chemin du ciel chymique – fin 17ième siècle (11) Batsdorff – Le filet d’Ariadne – fin 17ième siècle (12) anonyme – Huginius à Barma – 18ième siècle 4- DES IDÉES DANS L’AIR Moi, vieillard qui me suis occupé
de chimie pendant soixante ans et plus, je n’ai encore pu
découvrir ce que c’est que le sulfur fixum et comment il fait partie constitutive
des métaux. Les anciens ne s’accordent pas sur les
espèces du soufre ; le soufre de l’un n’est point le
soufre de l’autre, au grand dam de la science. A cela, on
m’a répondu que chacun était libre de baptiser son
enfant comme il l’entend ; d’accord. Vous pouvez
même, si bon vous semble, appeler âne un bœuf,
mais vous ne ferez jamais croire à personne que votre bœuf
est un âne.
Johann Kunckel
A partir du 16ième siècle, l’alchimie a du plomb dans l’aile (soit dit sans ironie) pour plusieurs raisons :
La question
qui se pose alors est : comment sortir d’une utopie ? La
réponse la plus simple pourrait être : parce qu’on
n’y croit plus. Mais attention, aucune révolution, aucune
rupture franche ne se produit : pendant près de trois cents ans
on va vivre dans un monde flou où alchimistes et proto-chimistes
vont se côtoyer, s’opposer, parfois s’interchanger.
Cependant, à la fin du 17ième siècle, du moins en
France, l’alchimie va largement se déconsidérer
à l’occasion de l’affaire des poisons. La Chambre Ardente ne fut pas longue
à découvrir que la Voisin se procurait sa trop fameuse
"poudre de succession" auprès d’un
réseau d’alchimistes notoires, dont le
célèbre Chasteuil. A partir d’octobre 1682, date
à laquelle Louis XIV fit interdire toute manipulation de
substances vénéneuses, quelle qu’en soit
l’origine, sans autorisation préalable, l’alchimie
intéressera toujours moins les cercles scientifiques et toujours
plus les tribunaux. Pour s’en démarquer les purs se feront
appeler chimistes en précisant bien haut qu’ils pratiquent
la chimie et non l’alchimie. Prudente nuance.
Le premier à donner le branle est Paracelse (1493 – 1541), non par des théories judicieuses (il croit encore à la transmutation) ; mais son comportement iconoclaste et provocateur va secouer les piliers du Temple. Il a le génie de s’attirer des inimitiés tenaces par ses formules à l’emporte-pièce : « Ne dis pas
qu’une maladie est incurable, dis que tu ne sais pas la
guérir », « Les cordons de mes souliers en savent
plus long que Galien et Avicenne », « Le malade doit
être le seul livre du médecin », « Toute
certitude sans évidence n’est qu’une opinion »,
« Luther et le pape me font penser à deux
putains en train de discuter de chasteté ».
Lors de son premier cours de médecine
à Bâle en 1526, il s’exprime en allemand et non en
latin, ce qui sidère l’auditoire. Puis, audace
sacrilège, il brûle devant ses élèves les
ouvrages d’Avicenne et de Galien. Son geste constitue une rupture
brutale avec le dogme, non écrit mais sacré, selon lequel
la vérité existe déjà dans les livres et
nulle part ailleurs. En osant proclamer la supériorité de
sa propre expérience sur l’autorité des Anciens, il
sape les bases mêmes de l’alchimie. Jusqu’alors cette
dernière avait été menacée de
l’extérieur, par les souffleurs ou par l’Eglise ;
maintenant le ver est dans le fruit.Le nom même qu’il s’est choisi (il s’appelle en fait Bombast von Hohenheim) est une bravade ; Paracelse signifie : au-dessus de Celse, un médecin Romain du premier siècle, redécouvert en 1478 et très en vogue pendant toute la Renaissance. Il est vrai qu’en lui le médecin dépasse de loin l’alchimiste. Sur le plan expérimental, il fait une découverte capitale en observant que l’étain augmente de poids quand on le calcine ; il prend pour hypothèse que l’air est responsable de cette augmentation. Pour nous, l’oxydation des métaux par l’air est une banalité, mais au 16° siècle la proposition était inouïe. C’était considérer l’air, ou une partie de celui-ci comme un réactif. Paracelse ajoute : « Les métaux morts (nous dirions oxydés) peuvent être revivifiés ou réduits à l’état métallique par la suie (nous dirions le carbone) ». Bien que la signification du verbe "réduire" ait évolué, il est étonnant de voir Paracelse l’utiliser déjà pour caractériser le passage d’un oxyde à l’état métallique.
N’aurait-il émis que cette hypothèse
concernant la calcination des métaux, il mériterait sa
place parmi les grands chimistes ; c’est elle qui va orienter les
recherches vers les bonnes directions ; c’est elle qui
préfigure les vérités que Lavoisier
établira 250 ans plus tard. A partir de lui, les grands noms qui
vont se succéder fonderont leur autorité en
s’opposant aux thèses alchimiques, en totalité ou
en partie. Toute sélection entre eux s’avère
difficile, et pourtant certains jouèrent véritablement le
rôle de phares pour la nouvelle science qui émerge.
Bernard Palissy (1510 – 1590) Il peut
être regardé à juste titre comme le père de
la chimie expérimentale raisonnée. Comme Paracelse il
méprise les grimoires et s’exprime à cet
égard on ne peut plus clairement :
« Je n’ai
jamais
eu d’autre livre que le ciel et la terre. Il est ouvert à
tout le monde, il n’est que de savoir le déchiffrer. Il
vaut mieux que tous nos grimoires ». Et il ajoute, retrouvant les
accents de Paracelse : « J’aime mieux dire la
vérité en mon langage rustique que mensonges en langage
de rhétorique ».
Il obtient ses résultats remarquables
sur les émaux en observant et expérimentant sans esprit
préconçu, allant jusqu’à brûler ses
meubles pour alimenter son four. C’est aussi un brillant
enseignant, le premier professeur de chimie industrielle.Jean-Baptiste van Helmont (1557 – 1644)
Médecin et disciple de Paracelse, il s’oppose
à la théorie des quatre éléments ; pour lui
l’air n’est pas un élément et il est le
premier en chimie à introduire le terme de gaz. Pour
étayer sa thèse il met en évidence le
dégagement du gaz sylvestre (notre gaz carbonique) lors de la
combustion du charbon et constate que ce même gaz sylvestre se
forme lors de la fermentation du jus de raisin ou lors de
l’attaque d’une pierre calcaire par le vinaigre. Autant de
calmes évidences pour nous, autant de secousses sismiques
à l’époque.
Van Helmont représente le véritable initiateur de la chimie des gaz. Jean Rey (1583 – 1645) Du point de
vue de la chimie, c’est certainement le personnage le plus
fascinant du début du17ième siècle. Encore un
médecin. Il exerce son art au Bugue, un village du
Périgord.
C’est un de ses amis, un certain Brun, apothicaire à Bergerac qui lui met la puce à l’oreille. Celui-ci avait calciné, en chaux très blanche (nous dirions en oxyde), 2 livres 6 onces d’étain le plus fin. Scrupuleux et voulant connaître sa perte au cours de l’opération, il pèse la chaux obtenue et il trouve non une perte, mais un gain de 7 onces. D’où son estonnement incroyable qu’il confie à son ami Rey, forcément un savant puisqu’il sort de la prestigieuse Université de Montpellier. Rey se penche sur le problème et en arrive à la conclusion que l’air est pesant et s’allie avec l’étain pour donner de la "chaux". Il va plus loin encore et montre que pour obtenir une calcination totale du métal, seule une quantité précise d’air est nécessaire, au cas particulier les fameuses 7 onces. C’est l’ébauche de la loi des proportions définies, que Joseph Proust établira en 1805 ! Il publie sa découverte à Bazas en 1630, sous le titre : Essais sur la recherche de la cause pour laquelle l’étain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine. Malheureusement ce travail, pourtant novateur, d’un médecin de campagne, passe inaperçu. Bien plus tard et après que Lavoisier eut fait part à l’Académie Royale de ses propres découvertes, un apothicaire de l’Armée redécouvrit les Essais de Rey et fut assez malicieux pour parvenir à les faire tomber dans les mains du grand chimiste. Lavoisier crut d’abord à un canular, puis lorsqu’il comprit que l’ouvrage datait bien de 1630, il resta stupéfait et admiratif. Ecoutons-le : « Descartes ni Pascal
n’avaient encore paru ; on ne connaissait ni le vide de Boyle, ni
celui de Torricelli, ni la cause de l’ascension des liqueurs dans
les tubes vides d’air ; la physique expérimentale
n’existait pas ; l’obscurité la plus profonde
régnait dans la chimie. Cependant Jean Rey, dans un ouvrage
publié en 1630 sur la recherche de la cause pour laquelle le
plomb et l’étain augmentent de poids quand on les oxyde,
développa des vues si profondes, si analogues à tout ce
que l’expérience a confirmé depuis, si conformes
à la doctrine de la saturation et des affinités, que je
n’ai pu me défendre de soupçonner longtemps que les
Essais de Jean Rey
avaient été composés à une date très
postérieure à celle que porte le frontispice de
l’ouvrage ».
Robert Boyle (1626 – 1691) Son nom reste à jamais attaché avec celui de l’abbé Mariotte à la loi de compression des gaz : pour une même température, Pression x
Volume = constante
En chimie,
outre sa méfiance proverbiale vis à vis des
théories d’Aristote qui lui valut le surnom de chimiste
sceptique, on lui doit trois contributions essentielles :
Les
éléments passent d’un statut définitif
à un statut provisoire : seuls restent en lice ceux qui
résistent aux assauts de l’analyse. Cette
définition peut paraître un peu arbitraire à
première vue, mais elle aura des conséquences
insoupçonnées alors sur la montée en puissance des
techniques analytiques.
L’œuvre de Boyle connut un très grand succès, favorisé il est vrai par la fortune immense de son auteur. Joachim Becher
(1635 – 1682) mérite d’être cité, non
en tant que très grand chimiste, mais pour l’influence
profonde qu’il eut sur son successeur direct, Stahl, en
émettant l’hypothèse, pour évincer
l’élément feu, de l’existence d’une
terre combustible, d’ailleurs assez mal définie.
Georg Ernest Stahl (1660 – 1734) reprend l’idée de Becher pour en faire le phlogistique ou feu combiné, et l’insère dans un système chimique explicatif qui n’a plus rien à voir ni avec celui d’Aristote, ni avec celui de la chimie médiévale et que j’ai déjà évoqué (Le roman de l’atome 1700-1860). A partir de lui on ne peut plus parler d’aube mais de matin de la chimie, matin que Lavoisier illuminera bientôt d’une clarté éblouissante. O – O – O
– O – O
Aujourd’hui, le plaisir particulier du chimiste est
d’observer comment tout un monde complexe et presque
impénétrable lui apparaît organisé,
clarifié, rendu perméable et intelligible. Pourtant dans
le domaine de la chimie, plus peut-être que dans ceux des autres
sciences exactes, il reste encore des zones de pénombre qui
nécessitent pour s’y aventurer une intuition, un flair, un
art de la manipulation – ce que les gens mal informés
appellent cuisine – qui n’appartiennent qu’au
chimiste. Ajoutons que ce plaisir est redoublé quand, jetant un
regard en arrière, il prend le temps de réaliser par
quels marécages, par quels chaos, par quelles brumes il a fallu
passer pour en arriver là.
Et puisque j’ai commencé avec Montaigne, je terminerai par lui : « A propos ou hors de propos, il n’importe, on dit en Italie, en un commun proverbe, que celui-là ne connaît pas Vénus en sa parfaite douceur qui n’a couché avec la boiteuse ». (1) Baudelaire semble même le confondre avec Satan : Sur l’oreiller du mal c’est
Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste. B. Bourdoncle fev. 2001 retour vers la page d’accueil |